Le Chemin de Compostelle dans le Pays des Monts et des Sources

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Au début du second millénaire, il n’était que quelques dizaines à s’engager sous la voie lactée pour rejoindre St Jacques de Compostelle en suivant la voie d’Arles. Quelques centaines au milieu de notre décennie et quelques milliers aujourd’hui. Cet engouement récent pour le premier itinéraire culturel européen résulte de diverses motivations inhérentes à chaque cheminant qui décide un jour de mettre ses pas dans ceux de milliers d ’autres qui l’ont précédé, selon la formule consacrée. Nous ne pouvons rester indifférent devant cette chance qui nous est offerte par l’Histoire de voir arriver le monde entier dans notre petite région et devant cette obligation de les accueillir, les recevoir et leur faire partager notre attachement à ce petit coin de terre riche en paysages grandioses mais aussi en patrimoine et culture.

Depuis le début du moyen-âge, la voie d’Arles était arpentée dans les deux sens : à l’ouest, St Jacques de Compostelle, à l’est, Rome. De fait, il n’est pas étonnant qu’elle soit jalonnée de lieux vénérés par les chrétiens. Arles et ses nombreux ’’corps saints’’ et le cimetière des Alyscamps, St Gilles et sa basilique, Montpellier et sa vierge noire de l’église Notre-Dame-des Tables ainsi que ses nombreux hôpitaux, Aniane, cité de St Benoît, St Guilhem le Désert, son abbatiale et son cloître fondés dès 804 par le petit-fils de Charles Martel et joyau de l’art roman languedocien. Plus prêt de nous, Lodève et sa cathédrale du nom d’un personnage célèbre du moyen-âge, évêque du diocèse au Xème : St Fulcran. Toute la bibliographie jacquaire actuelle consacre pages et photos à cette partie du chemin et il semblerait qu’il y ait une terra incognita qui s’étendrait jusqu’à Castres comme si il n’y avait rien eu d’important dans notre contrée. Pourtant, elle fut d’importance considérable dès le début du pélerinage et principalement durant les guerres de religion du XVIème.

La Via Tolosana traverse deux de nos communes : Joncels et Lunas. Si aujourd’hui le pèlerin peut faire étape où bon lui semble, il est indéniable que par le passé le jacquet s’arrêtait à Joncels, à l’abri de sa double fortification et sous la protection de ses moines bénédictins. La fondation de l’Abbaye de Joncels se fit vraisemblablement à la même époque que l’abbaye de Gellone au VIIème siècle. Le XIème siècle voit surgir un élan de foi, certainement dû à la mort des grandes terreurs suscitées par l’an mille et ses prédictions de fin du Monde, concrétisé dans l’art roman et dont il est la plus belle expression et par l’énergie dont font preuve les pèlerins pour se rendre sur les lieux saints : Paumiers se rendant à Jérusalem, Romieux en direction de Rome et Jacquets vers St Jacques de Compostelle. A la même époque, le divorce entre l’église d’Occident et celle d’Orient est consommée et la victoire des Turcs sur le Califat des Abbassides rend le pèlerinage à Jérusalem quasiment impossible. Du XI ème au XV ème siècle, le pèlerinage vers St Jacques connaît son apogée. Parallèlement, c’est également l’âge d’or de l’abbaye de Joncels, resplendissante et puissante, profitant de privilèges royaux et des revenus de 28 églises. Les pèlerins passants à St Guilhem le Désert pour y vénérer le morceau de la Sainte Croix ne pouvaient être que recommandés de passer à l’Abbaye jumelle de Joncels , munis de leur lettre de créance visée. Le devoir d’hospitalité assurait au pèlerin son écuelle de soupe, un toit et quelques soins. La renommée de l’abbaye de Joncels tient aussi à certains de leurs abbés qui occupèrent des fonctions de première ordre. Ainsi, le pape Jean XXII avait confié à Philippe VI le commandement de l’expédition chargée du recouvrement de la Terre Sainte. Sur l’avis du pape, une ambassade fut dépêchée auprès des Gênois où Jean de Jean, abbé de Joncels, devait parler au nom de l’Eglise. Le successeur de Jean XXII, Benoît XII, poursuivit la réforme des ordres religieux avec zèle et prescrivit à l’abbé de Joncels de procéder à une enquête sur Eléonore de Bretagne avec pouvoir d’excommunications. Depuis sa fondation, on peut aussi remarquer toutes les marques de références accordées à l’abbaye de Joncels : Louis le Pieux exempte de contribution l’abbaye de Joncels (817), Pépin II d’Aquitaine agrandit et met sous protection royale l’abbaye (851), des seigneurs locaux chassent les moines de Joncels mais St Fulcran rachète le monastère (980). Que de traces malgré la pénurie de documents perdus à jamais lors des différentes attaques que l’abbaye essuya. La violence des guerres de religion marquera le début du déclin de Joncels et lui infligera des pertes considérables. Les familles de Narbonne pour les protestants et Montmorency pour les catholiques vont s’y affronter en n’y laissant que désolation et pillages. Après qu’il eut pris Lodève et profané la châsse de St Fulcran, Claude de Narbonne assaillit Joncels en 1562. Les archives disparaissent et le monastère est saccagé. En février 1578, Claude de Narbonne fut assassiné dans son château.

Dans ces périodes troubles et dangereuses, on comprend aisément que le pèlerinage déclina rapidement et tomba dans l’oubli. Le pèlerinage de Compostelle avait peu à peu sombré dans l’oubli. Mais plusieurs événements ont contribué à le relancer. D’abord la publication du Codex Calixtinus, en 1882. Puis la reconnaissance officielle des reliques de saint Jacques par Léon XIII en 1884 (bulle Deus omnipotens).

Un nouveau cap est franchi après la Seconde Guerre mondiale. Les initiatives se multiplient. Des chrétiens commencent un travail de recherche patrimoniale et de promotion du pèlerinage. De son côté, la Fédération française de randonnée pédestre s’intéresse aux chemins de Compostelle. Le premier exemplaire ronéoté du topo-guide du GR 65 pour le tronçon Le Puy-Aubrac date de 1972.

Il faut souligner l’excellent travail du Comité Départemental de la Randonnée Pédestre de l’Hérault et en particulier le balisage effectué. L’entretien du GR 653 s’est traduit par le débroussaillage du chemin en calade de Joncels et de l’ouverture du nouveau chemin de la Séguinerie.

Peu à peu, des associations jacquaires voient également le jour. Entre-temps, en 1987, les chemins de Compostelle sont devenus « Premier itinéraire culturel européen ». Dans la foulée, en 1993, le Camino francés, puis en 1998 les « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

Aujourd’hui, les chemins de Compostelle sont fréquentés par des pèlerins, des randonneurs, des sportifs. Leurs motivations ne sont pas toujours religieuses. Partis souvent pour « se retrouver », beaucoup parlent néanmoins de dépouillement, d’humilité, de tolérance, d’ouverture aux autres. A nous de montrer que nous sommes dignes de telles qualités et de l’héritage que nos ancêtres ont légué à l’instar des reliques de St Benoît le Romain dans la quiétude de l’église St Pierre aux Liens de Joncels, sous le regard de la statue de St Roch, saint patron des Pèlerins, des pharmaciens et des paveurs de route.

Alain Ivinskas

Renseignements pratiques : Association« Les Haltes Pélerins »

Au départ d’Arles, l’obtention de crédenciale. Mme Renée Debard 30, Avenue de Pskov - 13200 ARLES Tél. 06 83 26 13 16

Office de Tourisme de Lunas 04 67 23 76 67

Topo-Guide de la FFRP Arles- Toulouse GR 653 Maison départementale des Sports 200, av. du Père Soulas 34094 Montpellier cedex 5

04 67 41 78 58

Association : Les Haltes Pélerins

[http://www.leshaltespelerins.com>http://villa.issiates.free.fr]

04 67 23 87 32

Les punaises de lit sont hélas à nouveau bien présentes sur le chemin de Compostelle,hébergeurs, pélerins soyez vigilants ! Le lien ci dessous vous permettra de savoir comment agir pour vous en débarasser ou les éviter.

http://youtu.be/45Dktm2jTnE

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